SNCF : 4 heures de retard pour arriver à Paris un vendredi 13 !

ou, « les tribulations d’une provinciale en partance pour la capitale »

Appelée en région parisienne pour une mission de baby-sitting auprès de mon petit-fils pendant un voyage de ma fille, je me rends enjouée à la gare de Carcassonne ce vendredi 13 décembre.

Une amie sympa m’a déposée à la gare, il fait beau, je n’ai rien oublié… Jusque là tout va bien. J’ignore encore que je vais vivre une aventure captivante ; celle « d’otage » pendant quelques heures de la compagnie nationale des transports ferroviaires français.

Le train arrive à l’heure et repart à l’heure ce qui n’est pas toujours le cas à Carcassonne. Une première étape est franchie sans encombre puis nous repartons pour la deuxième… jusqu’ici tout va bien !

Nous arrivons à Toulouse, où le train marque un arrêt légèrement plus long qu’habituellement… Le nez dans mon livre, je ne m’inquiète pas encore.

Pourtant l’ambiance zen va rapidement se gâter lorsque le conducteur se met à tonitruer brutalement (en général, les conducteurs de train, soit chuchotent dans le micro des propos totalement inaudibles, soit tonitruent, le verbe semble d’ailleurs avoir été créé spécialement pour eux, faisant sursauter un train entier comme un seul homme) : « en raison d’une rupture de câble (nous on a frôlé de peu la rupture d’anévrisme) notre train est immobilisé pendant une durée indéterminée ! »

Aïe Aïe Aïe ! Alors là ça sent mauvais. Normalement, dans ce cas de figure, la SNCF (société nationale = personnel administratif… vous m’avez comprise) se lance dans des approximations de retard allant de « quelques minutes » à environ 1/2 heure, quitte à les revoir à la hausse de temps à autre, histoire de vous montrer qu’on ne vous oublie pas. Alors, que d’emblée on nous annonce un temps indéterminé, nous laissant craindre le pire ; il est déjà 11 h et des poussières, mais dans l’état actuel des choses, je décide de ne pas encore appeler pour annoncer un retard encore vague.

Soudain la crainte augmente d’un cran lorsqu’une voiturette dépose dans chaque sas d’entrée/sortie, de curieux paquets au contenu mystérieux … Serait-ce des « paniers repas » ? se murmure-t-on dans la voiture, ce qui signifierait que l’attente devrait se prolonger, « on » prévoit de nous occuper un moment avec des victuailles…

Surtout qu’on nous annonce enfin « un retard d’environ deux heures » ! Ouah ! effervescence immédiate dans mon wagon, où chacun y va de son appel perso, mais généreusement partagé avec ses voisins… L’atmosphère est électrique… Surtout pour ceux qui ont une correspondance ou un horaire de car précis pour continuer leur périple.

A l’extérieur, l’ambiance sur le quai est également aux sautillements, cavalcades, coups de fil (voire coups de gueule pour certains) et annonces des contrôleurs (assistés de personnels divers) aux voyageurs descendus fumer une clope ou se dégourdir les jambes…

Le malheur c’est que autant de personnels, autant de versions différentes, style :

– « Vite, vite, faites remonter les voyageurs, on va partir dans quelques instants. »

– « Ça va pas ? on vient de me dire qu’on en avait encore au moins pour une 1/2 h… »

Ceux qui remontent avec des nouvelles croisent ceux qui s’impatientent et décident d’aller eux-mêmes houspiller les contrôleurs, je vous jure qu’on ne s’ennuie pas une minute, on s’énerve, mais on ne s’ennuie pas.

Mais le meilleur est à venir : parce que tout à coup, nous décidons (environ dix minutes avant qu’on nous invite à le faire) d’ouvrir ces mystérieux colis qui nous narguent… et là l’ambiance va bientôt basculer dans la rigolade générale. Jugez du peu :

D’abord ça commence par le cri de la première qui ouvre son paquet : « Ouais ! des fraises tagada ! » suivi par un autre « et des crayons de couleur » !!! ???

Du coup tout le monde se précipite sur les paquets pour ouvrir illico le sien et participer aux réjouissances.

Ceux qui salivaient déjà à l’idée d’un copieux sandwich en sont pour leurs frais car voici exactement le contenu des paquets cadeaux de ce Noël avant l’heure, de la SNCF à ses voyageurs tant aimés et gâtés (j’avais pris une photo souvenir, mais n’ayant pas mon câble sur moi je ne peux le relier à mon ordi… vous devrez donc vous contenter de la description) :

– 1 bouteille d’eau

– un sachet de fruits secs

– une minuscule boite de « pâté végétal »

– un très petite boite de salade niçoise

– deux petits pains suédois

– 1 paquets de 4 biscuits secs

– 1 mini gourde de compote

– 1 sachet de fraises tagada

– 1 sachet de 5 petits crayons de couleur

– 1 mini album à colorier

et un raton laveur… (non, je blague, le fournisseur était en rupture de stock).

J’imagine la tête de certains voyageurs bâtis comme des rugbymen (sur cette ligne c’est très probable) pour lesquels ce colis surprise est juste bon à remplir une dent creuse… Et le pire c’est que compte-tenu de la diversité des informations relatives à notre départ, personne n’ose s’aventurer plus loin que le quai pour aller s’approvisionner dans la gare.

Les appels téléphoniques intempestifs reprennent de plus belle, et chacun racontant en rigolant et par le menu (c’est le cas de le dire) le contenu de son « panier-repas » c’est une cacophonie de rires frôlant parfois l’hystérie, entre deux blagues échangées d’une place à l’autre…

Je profite de l’agitation générale, pour aller faire une « campagne d’affichage » dans les toilettes, avec les auto-collants des bobines de qui vous savez … C’est toujours ça de pris, je n’aurai pas totalement perdu mon temps.

Une seconde annonce nous informant que « tout est presque rentré dans l’ordre, notre train va pouvoir repartir dans quelques instants avec un retard évalué à 3 heures ». Et comme dans toutes les administrations, la logique de cette société est extrêmement opaque, le conducteur ajoute « qu’on fera une halte supplémentaire » : pour résorber un retard déjà conséquent, on s’arrête dans une gare, dont j’ai déjà oublié le nom, non prévue au départ !!!

Mais toujours courtois le personnel de la SNCF, jamais au grand jamais n’oublie de nous assurer après chaque annonce de catastrophe, selon la formule consacrée (ils ont la même à la RATP)  « nous vous remercions de votre compréhension ! » La plupart du temps personne ne semble décidé à « comprendre », puisque dans ce cas cela signifie « accepter », mais « on » ne nous en demande pas tant, et « on » fait comme si notre acceptation était acquise.

Finalement de soupirs en rigolades, de grognes en rires nerveux, et après avoir essaimé les voyageurs des gares intermédiaires, ceux du terminus Paris finiront par arriver à bon port avec un retard de 3 h 48 !

Aucune cellule de crise psychologique pour gérer notre stress d’otages ne nous attend à l’arrivée, juste des distributeurs d’enveloppes destinées aux demandes de remboursement total ou partiel de notre voyage, ce qui, s’ils déduisent le coût du « déjeuner » distribué ne représentera certainement plus grand-chose.

Il ne me reste plus qu’un mini-trajet d’une heure pour rejoindre la banlieue où réside ma fille, et l’aventure sera enfin terminée, pour aujourd’hui… Dans huit jours je ferai le chemin inverse, avec mon petit-fils… Je croise les doigts pour que les infrastructures tiennent le coup jusque là.

On vous parle souvent dans les colonnes de Riposte Laïque de la « joie du vivre ensemble », imposée par nos dirigeants, grands amateurs de la diversité… Pour les autres, vous saurez dorénavant qu’il existe également une « joie de voyager ensemble » (sans forcément côtoyer la diversité précitée, du moins pour ce voyage).

Je comprend mieux maintenant pourquoi notre très cher (synonyme d’onéreux dans ce cas) président normal, quand il voyage en train,  prend la précaution de faire suivre un des deux jets Air Force One (même quand Sarkozy n’est pas invité)  au cas où…  Je lui écrirais bien pour lui demander de m’en prêter un pour mon voyage retour, mais avec tout ce que j’écris sur lui et son minable gouvernement,  je n’y compte pas trop…

Dans la mesure du possible, me souvenir de ne plus jamais voyager en train un vendredi 13

Josiane Filio

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